Lutte contre le « moustigre tigre »

Dix ans après son arrivée en Île-de-France, le moustique tigre suscite une mobilisation croissante des autorités sanitaires, l’Agence régionale de santé en tête. L’enjeu : sensibiliser les Franciliens, freiner l’expansion de l’espèce et éviter les cas autochtones d’arboviroses.

Il ne fait pas de bruit, vole bas, pique le jour. En moins d’une décennie, le moustique tigre s’est discrètement imposé dans le paysage francilien, colonisant balcons, gouttières, pots de fleurs et bacs oubliés. Rodé à la vie urbaine, il a d’ores et déjà officiellement colonisé 328 communes d’Île-de-France, soit 68 % de la population régionale. Aedes albopictus, plus communément appelé moustique tigre, espèce invasive en provenance de l’Asie du Sud-Est, est aujourd’hui surveillée comme un risque sanitaire à part entière.

Un vecteur de maladies sous haute surveillance

Car sous ses dehors minuscules, l’insecte est un vecteur redouté de la dengue, du chikungunya ou du Zika. Des maladies nommées arboviroses généralement bénignes mais qui, dans certaines formes, peuvent entraîner des complications graves, notamment chez les personnes fragiles. En 2024, l’Île-de-France a enregistré 584 cas importés de ces arboviroses, principalement durant les retours de vacances d’été (retrouvez le bilan épidémiologique 2024). Parmi eux, un cas de chikungunya autochtone – c’est-à-dire contracté localement, sans voyage dans une zone à risque –, le premier recensé dans la région, a confirmé que la menace n’était plus seulement théorique. L’année précédente, en 2023, un cluster familial de 3 cas de dengue n’ayant pas voyagé, avait également été détecté dans le Val-de-Marne. Plus d’informations dans l’article suivant : https://www.eurosurveillance.org/content/10.2807/1560-7917.ES.2023.28.49.2300641

Face à ce risque, l’ARS Île-de-France déploie chaque année un dispositif de surveillance renforcée du 1er mai au 30 novembre, en coordination étroite avec Santé publique France, les collectivités territoriales et son opérateur de démoustication, l’Agence Régionale de Démoustication (ARD). « On ne pourra pas éradiquer le moustique tigre, il est durablement implanté. La priorité, c’est de suivre sa progression, limiter sa densité et surtout casser les chaînes de transmission virale quand elles apparaissent », explique Nicolas Herbreteau, responsable Environnement extérieur à l’ARS Île-de-France.

Ce dispositif repose sur trois volets : la sensibilisation du grand public, des professionnels de santé et des voyageurs de retour de zones à risque, la surveillance entomologique des populations de moustiques et la surveillance épidémiologique des cas humains d’arboviroses.  Ces actions permettent de prévenir les risques et de réagir rapidement en mettant en œuvre des mesures de lutte antivectorielle adaptées lorsque cela s’avère nécessaire. 

Lorsque l’ARS reçoit la déclaration d’un cas de dengue, de chikungunya ou de Zika, elle contacte la personne pour enquêter sur ses déplacements et définirsa période de virémie (phase pendant laquelle le virus est dans le sang et peut être transmis à un moustique francilien si la personne est piquée, moustique qui pourra alors retransmettre le virus à quelqu’un d’autre, déclenchant ainsi une transmission autochtone). Si cette personne a été virémique en Île-de-France, une enquête entomologique est déclenchée dans un rayon de 150 mètres autour des lieux à risque, c’est-à-dire les lieux fréquentés où la personne a pu être piquée, avec inspection des cours, jardins, gouttières, terrasses, à la recherche d’eau stagnante, de moustiques adultes et de larves. L’objectif est également de supprimer les potentiels gîtes de repos pour les moustiques et éventuellement faire des traitements biochimiques pour éradiquer les larves et/ou moustiques adultes selon le risque sanitaire associé.

Enquête express et démoustication ciblée

« Ces interventions ont pour but de vérifier rapidement si le moustique tigre est présent et dans quelles conditions. Les techniciens identifient les gîtes larvaires, cherchent les formes adultes, et en profitent pour sensibiliser directement les riverains », précise Nicolas Herbreteau.

En 2024, 370 enquêtes entomologiques ont été menées dans la région, donnant lieu à 19 traitements insecticides ciblés. Ces traitements, réalisés la nuit, ne sont utilisés qu’en présence de moustiques adultes confirmés, et uniquement en contexte de risque vectoriel identifié, selon des protocoles et des restrictions d’usages qui s’appliquent durant les traitements. « Il ne s’agit pas de démoustication de confort. Chaque intervention vise à casser une possible chaîne de transmission virale », insiste-t-il.

Foire aux questions : la démoustication

Une vigilance partagée, du terrain au citoyen

Au-delà des cas avérés, l’ARS coordonne également une surveillance entomologique proactive, avec plus de 500 pièges pondoirs installés dans les communes colonisées ou à risque, notamment autour des établissements de santé et des aéroports : la stratégie est de suivre de front de colonisation. Elle conseille les collectivités dans la gestion des espaces publics, diffuse outils et kits de communication, organise des formations, et relaie la plateforme nationale de signalement citoyen, qui permet à chacun de contribuer à la veille.

Plateforme de signalement du moustique tigre

Car l’essentiel de la prévention se joue aussi dans les gestes du quotidien : vider les coupelles, couvrir les récupérateurs d’eau, nettoyer les gouttières, porter des vêtements couvrants, utiliser des répulsifs adaptés. « L’implication de tous est indispensable. Le moustique tigre prospère facilement au milieu urbain, il suffit d’un fond de pot de fleur pour qu’il prolifère. Notre rôle est de créer les conditions d’une réponse rapide, coordonnée et partagée à l’échelle des territoires », résume Nicolas Herbreteau.

Quelques gestes simples et bonnes pratiques permettent de prévenir l’expansion du moustique.

  • Signaler la présence de moustiques via le site : SIGNALER LA PRESENCE DU MOUSTIQUE TIGRE
  • Eliminer les eaux stagnantes, gîtes de ponte du moustique tigre
  • S’assurer du bon écoulement des eaux pluviales de ses gouttières et espaces extérieurs
  • Mettre les objets en extérieur à l’abri de la pluie
  • Supprimer ou ensabler les soucoupes des pots de fleurs et jardinières
  • Entretenir les espaces verts, etc…

Plus d’infos sur le site de l’AGENCE REGIONAL DE SANTE

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