Des insectes et des hommes

Nous sommes en 2019...

© Corinne Michaud

Chacun de nous est alarmé, chaque jour, de voir des études faire état de la disparition d’espèces, du guépard à l’ours blanc ou des hirondelles dont, plus proches de nous, nous pouvons constater chaque année la diminution progressive des populations (-40%).

Pourtant, un autre déclin, plus silencieux celui là, et qui se déroule devant nous, nous menace : la disparition accélérée des insectes, facile à percevoir dans un environnement rural comme à Chaussy.

 

 

L’effet “pare-brise”

Ceux qui ont roulé de nuit il y a trente ou quarante ans  s’en souviennent sans doute. Il fallait s’arrêter fréquemment pour nettoyer phares et pare-brises rendus opaques par les insectes écrasés. Ou encore, si l’on voulait dîner dehors, il convenait de s’armer contre les moustiques et papillons de nuit avec torches ou fumées répulsives. Rien de tout cela n’est plus guère nécessaire aujourd’hui, et nous pouvons le constater quotidiennement.

Un effondrement catastrophique

Papillons, abeilles, scarabées et libellules sont maintenant rares dans notre paysage. Selon une meta-analyse regroupant les résultats de 73 études différentes, publiée en février 2019 dans la revue Biological Conservation*, une grande partie des insectes pourrait bien avoir disparu d’ici un siècle, entraînant, je cite, un «effondrement catastrophique de tous les écosystèmes naturels». En Allemagne, par exemple, des chercheurs ont mesuré une diminution de 75% des insectes. Et le phénomène est planétaire.

Au delà de la perte de diversité, les cultures pollinisées assurant plus du tiers de l’alimentation à l’échelle mondiale, un tel déclin est très préoccupant. « La disparition des insectes va avoir un impact énorme sur la production des fruits et légumes que nous consommons, alerte l’étude dont il est question ici. Nous trouverons toujours des moyens de nous nourrir, mais la diversité de notre alimentation va considérablement diminuer. »

Des causes multi-factorielles

En cause, de multiples facteurs, parmi lesquels la déforestation, la densification de l’habitat urbain, la disparition des haies, l’évolution des pratiques agricoles et le recours à l’utilisation massive de pesticides de synthèse.

Pourtant, la solution ne consiste pas à pointer du doigt telle ou telle pratique. On le sait, il faut produire pour nourrir l’humanité. Les agriculteurs, comme tous, ont besoin d’être compétitifs pour pouvoir vivre de leur travail. Si d’autres pays producteurs utilisent les pesticides, nos agriculteurs conventionnels n’ont pas d’autres choix que de les utiliser également. De la même manière, la densification de l’habitat urbain suit l’évolution de notre démographie. La question est donc globale et appartient en grande partie au pouvoir politique.

Quels leviers pour le citoyen ?

Dès lors, que faire individuellement ? L’évolution de notre façon de consommer constitue un levier d’évolution. Une généralisation de l’alimentation bio respectueuse de la diversité réduira le tonnage de pesticides utilisés. Le respect de notre environnement (forêts, haies etc.), la rationalisation de notre façon d’occuper l’espace permettraient d’intégrer les besoins vitaux des animaux et insectes.

A l’évidence, cependant, consommer mieux, c’est, le plus souvent, consommer plus cher. Ce qui supposera de faire des arbitrages dans nos dépenses. Si nous voulons manger mieux et par là même préserver l’entomofaune et la diversité naturelle, il nous faudra apprendre à privilégier, parmi les biens de consommation et services qui nous sont proposés, ceux qui nous semblent essentiels.

Et ainsi préparer le monde que nous laisserons aux futures générations.

MAJ du 29 avril 2019: Un nouvelle étude de l’ONU prédit la disparition totale des insectes sur notre planète

à la fin du siècle…

Sources

  • Le Monde du 13 février 2019
  • Sciences et avenir du 12 février 2019
  • Le Figaro du 11 février 2019
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